VIDEO - Les "deepfakes", ces fake news vidéo ultra-réalistes . RTL – M6

 

La rédaction de M6 édité par Sarah Duhieu

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publié le 12/03/2019 à 17:29

Le phénomène fait trembler gouvernements, entreprises et médias. Depuis 2017, les "deepfakes" permettent, grâce à l'intelligence artificielle, de truquer des vidéos : falsifier des visages, attribuer des propos qui n'ont pas été tenus. Et la technologie s'améliore de jour en jour, au point d'être qualifiée de "menace nationale" par les États-Unis.

L'un des tout premiers "deepfake" de l'histoire a été créé dans la banlieue d'Anvers, en Belgique. Il s'agit du visage d'une femme qui remplace celui de l'actrice Anne Hathaway. Ce trucage a été réalisé par Sven Charleer. "D'abord, j'ai pris 1.080 photos de ma femme, et pour Anne Hataway j'en ai pris 2.000", explique-t-il.

"C'est l'avantage avec les célébrités, on a beaucoup d'images d'elles. Ensuite, il suffit de lancer le logiciel, il va analyser ces images puis intégrer un visage sur l'autre. C'est aussi simple que ça". Mises bout à bout, ces images falsifiées créent une vidéo.

Changer le cours des élections

Mais si certains font des "deepfakes" pour s'amuser, d'autres peuvent avoir de mauvaises intentions, notamment en période électorale. "On peut faire passer un candidat pour un pédophile, un corrompu, quelqu'un qui est fou ou s'énerve facilement", prévient Jean-Marc Royer, expert en sécurité informatique et fondateur de Netino, un site de protection de contenus. "Si vous parvenez à convaincre ne serait-ce qu'un ou deux millions de personnes avec une seule vidéo, en sachant que vous pouvez en faire des dizaines, vous pouvez très facilement changer le résultat du vote des prochaines élections", considère-t-il.

Des entreprises pourraient, elles-aussi, souffrir de de phénomène. Les déclarations factices d'un grand patron suffiraient à affoler la bourse ou mettre des contrats en péril. "Les moyens de défense pour les entreprises sont assez faibles, il faut être honnête", estime Loïs Samain, expert en sécurité informatique pour un grand groupe français.

D'autres programmes plus inquiétants encore existent. Le "face to face" permet par exemple de falsifier une vidéo quasiment en direct. Seule bonne nouvelle, ce programme créé par des universitaires allemands n'a pas fuité sur internet et ne peut donc pas être utilisé à mauvais escient... pour l'instant.

Comment lutter contre les "deepfakes" ?

En France, des chercheurs s'organisent pour lutter contre le phénomène. C'est le cas de Vincent Nozick, chercheur en informatique et co-créateur du logiciel "Mesonet". Il compile des "deepfakes" de l'acteur Nicolas Cage, très nombreuses, et les rentre dans un logiciel falsifié. "Je lance mon programme, il regarde toutes les images et à la fin, il me dit que la quasi totalité de mes images ont été identifiées comme un 'deepfake'", explique-t-il.

Facebook et Google ont annoncé développer leurs propres logiciels de détection. Mais ils ne sont toujours pas accessibles au grand public à cause d'une difficulté majeure : comme cette technologie s'améliore en permanence, il est difficile de suivre.

Pour les chercheurs, la solution doit venir des citoyens eux-mêmes. Ils doivent développer leur esprit critique : comparer des indices, remonter à la suite de l'information. Reste à savoir si les citoyens sont prêts à fournir cet effort, à une époque où la défiance envers politiques et élites n'a jamais été aussi grande.